Atos se dope à l'intelligence artificielle

Atos se dope à l'intelligence artificielle

Cela fait plus de deux ans que l’intelligence artificielle est la tendance qui ne cesse de croitre dans tous les domaines. La majorité des géants technologiques (américains et chinois en tête) annonce tous les mois des avancées sur une des briques de l’IA ou une nouvelle offre boostée à l’IA. Malgré cet engouement et la multiplication de projets concrets, le marché attendait qu’une grande ESN française révèle une stratégie ambitieuse sur le sujet de l'IA. Il semblerait qu'Atos ait décidé de sortir du bois. Au-delà des expérimentations et projets modestes embarquant de l'IA dans la plupart des grandes entreprises françaises, rien n'avait encore été envisagé à l’échelle d’un groupe. Même s’il est encore trop tôt pour évaluer la stratégie d’Atos, l'ESN a le mérite de dégainer en premier.

C’est d’ailleurs d’une manière assez peu conventionnelle qu’Atos lance sa stratégie puisqu’elle est basée sur un partenariat d’envergure avec le géant américain Google (déjà annoncé en avril dernier lors du Google Cloud Summit Paris). Pour l’instant, l’opération semble bénéfique pour les deux acteurs. En effet, Google va apporter des compétences à Atos, notamment sa R&D en IA, ce qui va permettre à l'ESN de combler une partie de son retard et de pallier les difficultés de recrutement dans ce domaine. De l’autre côté, Atos donne plus de crédibilité à Google, et notamment à son offre cloud, sur le marché français où la firme cherche à rattraper son retard sur le trio de tête Amazon (AWS), Microsoft (Azure) et IBM Cloud.

Lors des AtosTechDays, les 5 et 6 juillet dernier à Paris, Atos a précisé le contenu de sa nouvelle offre « Codex AI Suite » qui comprend quatre briques:

  • Le « Studio » permet l’utilisation d’algorithmes de machine learning et deep learning ‘as a service’,
  • La « Forge » est une plateforme de partage de connaissance (cas d’usage, jeux de données,…),
  • Le « Deep-learning engine », une bibliothèque d'API de deep learning
  • Et « l’Orchestrator », boite à outil qui permet le déploiement des solutions sur divers environnements.

Atos a d’ailleurs insisté sur ce dernier point en expliquant rester agnostique, ses équipes pouvant déployer les éléments du Codex AI dans tout type d'environnement, et pas seulement du Google. Même si, étant donné la nature du partenariat, il est probable qu'Atos cherche à mettre un peu plus en avant les services de son partenaire que les offres des autres acteurs du domaine.

Cette nouvelle offre semble plutôt cohérente pour les clients d’Atos en proposant des briques de machine et de deep learning comme des produits à part entière. L'ESN en profite pour annoncer l'enrichissement de ses offres historiques : sécurité et High Performance Computing (HPC), grâce à l’IA. Pour cela, Atos investit en R&D en ouvrant trois Labs de recherche sur l’IA qui emploieront, à terme, une cinquantaine de personnes chacun. Le premier, localisé à Londres, est déjà opérationnel. Les deux suivants seront situés à Paris et Dallas. S’ils seront estampillés « Atos », ces Labs intègreront aussi des forces de recherche venant de Google. D’ailleurs, Atos tient à évoluer en ‘co-création’ et se dote déjà d’un écosystème IA en développant des partenariats avec Siemens, Tellmeplus, Sinequa, Expert Systems ou encore avec des universitaires, notamment à Grenoble pour la combinaison IA/HPC.

Atos affiche donc une stratégie ambitieuse servant deux objectifs principaux : tout d'abord être identifié comme l'acteur pouvant accompagner ses clients dans l'intégration de briques d'IA dans les solutions mises en place au sein de leur SI. Et ensuite, s'assurer une place centrale dans l'écosystème d’IA européen en cours de construction.

L'optimisation à l'IA des offres historiques comme la fraude ou la maintenance prédictive des data center au travers de la plateforme Kibana, ainsi que les témoignages des clients grands comptes chez qui Atos a déjà déployé des projet d'IA sont autant de signes encourageants pour l'avenir de Codex AI. Le temps nous dira si ces premiers succès suffisent à convaincre les clients d'Atos de réaliser le saut vers l'IA et surtout si les équipes auront la capacité à délivrer et respecter leurs engagements sur les technologies et la valeur ajoutée attendue.