Forum parlementaire de l’IA : des idées, et après ?

Forum parlementaire de l’IA : des idées, et après ?

Ce mardi 14 novembre s’est tenu le premier forum parlementaire de l’intelligence artificielle (IA) à la Maison de la Chimie à Paris. Et le succès était visible avant même le début des débats : l’amphithéâtre étant bien trop petit pour faire tenir les 600 personnes présentes à l’évènement. Tout le monde a quand même pu assister aux discussions au cours desquelles les politiques, du moins ceux en charge des questions numériques, ont montré leur compréhension de l’importance de l’arrivée des technologies d’IA.  La matinée aura été marquée par cinq temps forts, mais après France IA sous François Hollande, un rapport au Sénat ou la mission en cours menée par Cédric Villani (dont les résultats seront diffusés en format audiovisuel pour être accessible au grand public !), la France a maintenant beaucoup réfléchi sur le sujet. Alors, comme Alexandre Cadain, cofondateur d’Anima.ai (start-up ayant pour objectif d’aborder les grands défis de l’IA), l’a relevé : on réfléchit beaucoup en France et c’est bien, mais maintenant il faut agir…

Dès l’ouverture du forum, Laure de La Raudière, députée Les Constructifs, a placé haut la barre des débats sur l’IA en évitant les banalités sur les dangers de l’IA et en montrant une connaissance de l’écosystème IA mondial : les GAFAM mènent la danse, mais également les BATX chinois. Elle a également identifié les secteurs les plus prometteurs en IA comme la santé avec la médecine prédictive. Mais pour les développer, elle a appelé à lever tous les freins à l’IA en France et à repenser notre économie, notamment en poussant la réflexion sur le revenu universel.

La première table ronde portait sur les capacités de la France à devenir un leader en IA. Là aussi, on a vite balayé les banalités sur la menace de l’IA sur les emplois pour appeler à la fin du « French Bashing » et mettre l’accent sur les atouts de la France en IA. Un de ces atouts est l’écosystème entrepreneuriale pour Paul-François Fournier, directeur de l’innovation chez la BPI, mais qui a encore besoin d’investissements plus ambitieux. Quant à Antoine Bordes, directeur du centre de recherche parisien de Facebook, il met en avant la qualité de la recherche. Ce dernier, qui n’a pas été épargné par les piques lancées sur les GAFA, a répondu aux critiques en mettant en avant le fait que de nombreuses données étaient en open source, ainsi que toute la recherche fondamentale sur l’IA.

Plus surprenant, l’idée de légiférer différemment les données a été portée par Bruno Bonnell, député LREM. N’épargnant pas la CNIL ou le RGPD au passage, il souhaite redonner la responsabilité des données aux individus et les intégrer à leur patrimoine. Une solution, selon lui, pour éviter de continuer à creuser l’écart avec les GAFA. Il tenait donc un discours alarmiste, mais pas aussi alarmiste que le médiatique Laurent Alexandre, intervenu entre les deux tables rondes. Son discours bien rodé et ses phrases choc - prenant parfois des raccourcis douteux dans ses comparaisons - ne sont pas au goût de tous, en particulier des experts de l’IA. Mais il faut reconnaître qu’il met le doigt sur des sujets importants liés à l’IA : l’éducation (sur le fond et la forme), le retard de l’Europe, les risques d’une montée du populisme ou l’économie. Dommage que son dogmatisme empêche toute réflexion constructive sur ces sujets.

La seconde table ronde, sur les enjeux de société, n’aura qu’effleuré les véritables enjeux de l’IA. Les intervenants s’accordant – sans vraiment d’arguments - sur le fait que l’IA n’est pas une menace. Jean-Gabriel Ganascia, professeur à l’Université Pierre-et-Marie-Curie, a quand même profité du moment pour réclamer des financements qui doivent aller « jusqu’au bout » dans la recherche et plus de passerelles avec les entreprises. Côté IA, il a insisté sur les changements d’habitudes à venir. Point repris par Jean-Philippe Desbiolles, VP IBM Watson, qui a confirmé que l’éducation était la clé pour y faire face, et a justement relevé que la quatrième révolution industrielle était portée par l’IA, mais comprenait aussi toute une combinatoire de plusieurs technologies.

Finalement, l’animation de cette table ronde est venue d’une députée de la salle remarquant le manque de femmes parmi les intervenants (seules deux députées dans ce forum contre quatorze hommes députés et responsables de l’IA), ce qui a permis à Laure de La Raudière d’insister sur la nécessité d’avoir plus de femmes pour coder l’IA, mais aussi plus de personnes de cultures différentes ! Pour éviter les biais et la reproduction des stéréotypes par les IA, ces points sont en effet importants. Tous les intervenants ont approuvé, sans forcément donner de solutions. Seul Cédric Villani, dont la conclusion, bien qu’intéressante, n’a pas forcément enrichi les discussions de la matinée, a supposé que la diminution du nombre de femmes dans les mathématiques était en partie dû au regroupement des ENS Ulm et Sèvres et l’incapacité à attirer les femmes à la suite de cette fusion, pourtant partie d’une bonne intention.

Enfin, Bruno Le Maire est venu fermer ce forum par un discours plus général. Il aurait sûrement gagné en profondeur à écouter les débats de la matinée, mais aura au moins permis d’enfoncer le clou sur l’importance de l’éducation et d’un projet à l’échelle européenne pour aborder la révolution IA. Il en a profité pour parler d’un fonds pour financer l’innovation de rupture, mettant l’Etat en avant, à la manière du gouvernant américain qui a participé au financement de SpaceX, fait souvent oublié. Espérons maintenant qu’encore plus d’actions concrètes viennent appuyer toutes ces réflexions, et rapidement.