Laurent Alexandre VS Olivier Ezratty : la bataille de l’IA n’a pas eu lieu !

Laurent Alexandre VS Olivier Ezratty : la bataille de l’IA n’a pas eu lieu !

Lors du Startup Contest lundi 11 décembre à Bobino, la « battle » entre Laurent Alexandre et Olivier Ezratty était très attendue. D’un côté le Dr Alexandre, de loin le plus médiatique des deux belligérants, adepte des phrases provocantes sur l’intelligence artificielle, mais dont le dogmatisme empêche souvent toute réflexion constructive sur le sujet. Et de l’autre, Olivier Ezratty, surtout connu de l’écosystème entrepreneurial et technophile, et remarqué pour ses interventions et rapports très documentés et plus techniques sur l’IA. Sur le papier, les débats promettaient d’être houleux entre ces deux fortes personnalités. Il n’en a rien été.

Lundi 11, 18h30.

Le décor se prête à la confrontation : un ring de boxe a été installé au milieu de la scène de Bobino. Plusieurs personnalités de l’entreprenariat sont déjà venues faire des discours, avant l’entrée en lice de la trentaine d’entrepreneurs venus « pitcher » leur start-up en moins de deux minutes face au jury et aux investisseurs. Une déception : le public peu nombreux, autour de 180 personnes dans la salle. La présence d’Emmanuel Macron à Station F pour le « One Planet Summit » a peut-être joué sur cette faible affluence.

19h05, Olivier Ezratty et le Dr Alexandre se font face sur le ring. La première question porte sur l’état de la France comparée au reste du monde. Olivier Ezratty y va franchement en annonçant la France presque KO en IA. Se gargariser de nos élites en mathématiques ne suffit pas, dit-il, les autres pays en ont aussi. Laurent Alexandre approuve, et ajoute que les investissements français sont bienvenus mais ridicules face aux BATX : Alibaba a un budget 83 fois supérieur à celui de l’Inria pour l’IA ! Dans la foulée, il en profite pour taper sur les régulations françaises (CNIL) et européennes (RGPD) qui ne font que freiner les start-up.

19h13, le « combat » se déplace sur la création d’entreprise dans l’IA. Sans provoquer davantage de confrontation. Les deux entrepreneurs sont d’accord pour dire qu’il faut pousser l’entreprenariat mais sortir des sentiers battus. Offensif, Olivier Ezratty note l’importance de rapidement se lancer à l’international, mais aussi de parler plus positivement de l’IA pour « ré-enchanter les sciences ». Une petite pique que ne relève pas Laurent Alexandre. Loin de contrer son adversaire du jour, il le félicite même pour ses rapports sur l’IA, « parmi les plus pertinents en France ». Sa combativité se reporte sur les politiques, dont il fustige l’incapacité à aborder les nouvelles technologies – même si le nouveau gouvernement montre quelques signes positifs, glisse-t-il. Les deux adversaires s’accordent enfin sur la menace des grands comptes français qui, pour eux, ne font que tuer (ou racheter) les start-up en les étouffant dans leurs lourds processus.

19h22, le dernier thème du match est abordé. Il porte sur les domaines d’avenir. C’est le round le plus conflictuel. Laurent Alexandre pointe l’urgence de préserver la francophonie en se tournant vers l’Afrique car les GAFA et BATX vont se battre sur ce « dernier territoire vierge ». Olivier Ezratty calme le jeu en précisant qu’il faut encore que les Français apprennent l’anglais et se concentrent sur l’Europe et les Etats-Unis. Il voit plutôt l’avenir dans le hardware, même s’il estime qu’on est déjà en retard. Par contre, l’informatique quantique est, pour lui, le prochain train à prendre, mais il faut le faire correctement cette fois. C’est ensuite au tour du Dr Alexandre de calmer les ardeurs d’Olivier Ezratty. Pour lui, on ne verra pas l’informatique quantique avant 2040. Et de conclure en retrouvant son ton dramatique : il faut secouer le monde politique dans toute l’Europe !

19h32, fin du match.

L’absence d’une confrontation musclée n’a rien enlevé au niveau du débat. Au contraire, elle a renforcé la profondeur du propos des deux interlocuteurs et on a enfin pu voir un Laurent Alexandre plus mesuré, et donc plus intéressant. Après ce débat peu intense, donc, mais très enrichissant, la soirée a continué sur diverses interventions dont celles d’Arnaud Montebourg ou de Laurent Vimont (Century21). Les entrepreneurs ont ensuite présenté leurs projets ; ont été récompensés Quasiaqui (plateforme de location avec option d’achat pour l’immobilier) pour le prix création et Phenix (accompagnement des entreprises dans leur transition vers l’économie circulaire) pour le prix accélération. Ils ont su « pitcher » avec aisance et utiliser leurs deux minutes pour bien expliquer leur projet, tout en évitant les classiques « le Airbnb du… » ou « le Tinder du… » de certains de leurs concurrents. Bravo à eux.