Vivatech 2018 : des stratégies numériques de plus en plus matures

Vivatech 2018 : des stratégies numériques de plus en plus matures

Vivatech reste l’évènement où il faut être à condition d'avoir une stratégie et un objectif bien identifiés. Et ce n'est pas le thème (IA, blockchain, robots ou encore foodtech) qui sera l'élément différenciant. Que ce soit pour les start-up ou les grands groupes, le discours marketing seul semble dépassé, il faut inviter les experts des sujets à parler, et à illustrer par des retours d'expérience concrets. L'évènement reste aussi très politique et a considérablement augmenté son aura internationale cette année. Si le succès est encore au rendez-vous et que la participation continue d'augmenter, tout le monde ne pourra pas rentrer. Les organisateurs vont devoir réfléchir à fluidifier les déplacements afin d'optimiser les temps d'échanges.

Il faut dire qu’avec 100 000 participants (+47% par rapport à l'année dernière) et 9000 start-up (+50%), la patience était de rigueur pour accéder et naviguer dans le salon, il fallait surtout faire un choix entre parcourir les allées ou faire la queue pour espérer avoir accès aux salles de conférence. Il faut reconnaitre que la crème des intervenants souffrait peu de critiques : les CEO d'IBM, Microsoft, Uber, SAP, Engie et Facebook se sont succédés après l'ouverture du salon par Emmanuel Macron.

Toujours est-il que cette édition témoigne d'une inégalité certaine entre les stratégies numériques des différents acteurs présents. Contrairement à l'année dernière, certains exposants avaient un stand qui reflétait une stratégie numérique et d'innovation mieux définie. On retrouvait beaucoup moins de robots pour animer les allées. Les casques de réalité virtuelle (VR), quant à eux, deviennent quasi incontournables dans le cadre de démonstrations immersives et de simulation de parcours client. Microsoft, par exemple, a fait le choix de se concentrer sur l'intelligence artificielle (IA), séparant son stand 'classique' de son contingent de start-up typées IA, hébergées à Station F, les rendant ainsi clairement identifiables. Les équipes IBM n'ont pas hésité à dégainer l'ordinateur quantique afin d'illustrer leur volonté de se positionner fortement sur ce secteur. AWS, pendant ce temps, optait pour un stand plus petit, concentré sur le business avec des spécialistes prêts à répondre aux différentes questions des clients, à 180° des stands Google et Facebook, se contentant de faire acte de présence.

En dehors des géants américains, quelques français ont aussi su se démarquer. Ce fut le cas de Sopra Steria avec un stand qui proposait des démonstrations basées sur des cas d'usages concrets et mettant en œuvre des solutions développées en interne. Ils avaient d'ailleurs préféré illustrer les résultats de leurs collaborations plutôt que de se servir de leurs partenaires start-up comme vitrine marketing. La BNP, elle, hébergeait plusieurs start-up sur son stand, mais contrairement à l'année dernière, leur avait réservé plus de place. Et à en juger par la fréquentation du stand, la banque s'était assurée que chaque start-up ait son lot de rencontres.

L'écosystème numérique français ne se limite pas aux grands groupes. Les stratégies diffèrent en fonction des acteurs observés. Il peut s'agir d'affirmer un rayonnement géographique, par régions (Centre Val de Loire), par pays (Israël, l’Allemagne et la Suisse en tête) ou même continental avec tout un espace réservé au continent africain (le Rwanda occupant cette année une place prépondérante, soulignée par la visite du président P. Kagame). D’autres renforçaient leur image 'innovante' en tant qu'écoles (HEC, les Mines Paris), institutions (Business France, Pôle Emploi) ou bien encore investisseurs, comme BPI France qui hébergeait de nombreuses conférences.

In fine, les start-up finissent par être noyées dans un tel foisonnement. Pour elles, une seule stratégie possible : bien préparer à l'avance leurs rendez-vous car elles n’ont pas les moyens de sortir ostensiblement du lot. Mais une poignée de sociétés ont quand même pu tirer leur épingle du jeu avec un stand indépendant de taille moyenne. Nous pouvions y retrouver les start-up à succès du moment comme Qwant (moteur de recherche), Snips (IA) ou Dreem (IA et santé). Les PME, en revanche, restent les grandes absentes.